Dernière partie Circumnavigation en kayak de mer autour de Senja Norvège 2013 (3)

L'île de Senja se trouve en Norvège à 300 km au nord du cercle polaire arctique, proche de la ville de Tromsø. Senja est connue pour ses paysages variés qui l'ont fait surnommer « une Norvège en miniature ». Chaque cap est une montagne spectaculaire qui plonge dans la mer. Ses îles idylliques et ses belles plages de sable blanc ou de corail nous font parfois douter de la température de l'eau.

Voici la dernière partie de notre périple.

12/08 – Le campement est levé, les kayaks chargés et nous voilà au bord de la rampe d’embarquement. Nous échangeons quelques signes des la main avec les travailleurs de l’usine de saumons tout en nous éloignant. Après une traversée d’une heure nous atteignons l’île de Hallvarsøy.  Nous débarquons sur un sol recouvert d’excréments d’oies sauvages, vu la quantité, ce sont des centaines qui ont nidifiés ici. Maintenant elles ont migrées, nous n’en apercevrons qu’une seule lors de notre reconnaissance de l’île. Nous comprenons mieux l'interdiction d'accès à certains îlots avant le 1er août.

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Le village abandonné est constitué de quelques maisons, nous sommes étonnés que des gens aient pu s’y installer à la merci des intempéries, car directement exposée à la mer, cela ne devait pas être une sinécure que d’y séjourner toute l’année ! L’île ne présente aucun intérêt et cette fois-ci nous sommes tous d’accord pour repartir au plus vite après le repas de midi.

Le soleil se cache et la tristesse du lieu nous invite à reprendre notre traversée  vers un énième cap avant de longer de nouveau la côte à la recherche d’un bivouac. Après quelques recherches, allers et retours pour certains nous jetons notre dévolu sur ce qui semble être un terrain militaire.

N 69° 03.362’ E 16° 47.586’ (13,5 NM parcourus), L’endroit est accueillant : une belle plage, une table avec des bancs, un parterre d’herbe qui semble avoir été tondu récemment, c’est décidé nous resterons là ! Ce soir nous en profitons pour décider des dernières étapes et sur la carte nous choisissons les derniers bivouacs. 3 étapes pour boucler Senja et encore 5 jours à notre crédit, nous prévoyons un arrêt de deux jours sur l’île de Lemmingvaer, puis deux nouvelles journées sur l’île de Dyrøya où nous nous comptons nous essayer à la pêche en lac avant de regagner notre point de départ.

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Bien nous en a pris de rester là, personne n’est venu nous déranger et le lendemain lors de l’inspection routinière nous avons pu constater que le camp avait été transformé en centre de vacances.

13/08 – La navigation d’aujourd’hui sera courte, nous décidons d’une rapide visite du village de Sjursvika après avoir ramassé nos effets. La visite fut presque plus brève que la ballade aller et retour. Le musée de la pêche est fermé nous n’avons eut droit qu’à une petite boutique remplie d’objets de toute nature.

Après le repas de midi nous quittons définitivement Sjursvika et nous dirigeons vers l’île de Lemmingvaer, encore un paradis terrestre d’après les informations que Patrick a glané avant de partir. La traversée d’un peu plus d’une heure nous conduit à un petit archipel et notre bivouac se trouve de l’autre côté de l’île principale où nous accueille une plage de sable blanc.


N 69° 01.550’ E 16° 53.810’ (3,6 NM parcourus), l’étape la plus courte, à peine de quoi nous échauffer et nous devons à nouveau planter les tentes. Le coin est splendide et l’île d’à peine deux kilomètres carrés est habitée. Après l’installation du bivouac nous repartons pêcher le dîner, en plus des habituels maquereaux et des lieus noirs que nous rejetons, nous prenons notre première morue. D’une quarantaine de centimètres, elle a résisté quelques secondes au moment ou elle a avalé le leurre, mais rapidement elle s’est laissée remonter et n’a plus lutté jusqu’à ce qu’elle soit sur la jupe de mon kayak, moment qu’elle a choisi pour vider ses intestins.
4 maquereaux et une morue feront le festin de ce soir, un lieu noir qui n’aura pu être relâché en vie servira à nourrir les mouettes et sternes arctiques qui ne manqueront pas de rappliquer lorsque nous viderons les poissons.

Un feu de camp à même le sable et à l’aide du barbecue de Sylvain et des condiments de Jeanine, nous sommes prêts pour passer une nouvelle soirée confortable.

Un beau coucher de soleil agrémente la soirée, mais depuis quelques jours ils ne sont plus aussi intenses, car malgré une nuit toujours absente la luminosité n’est plus la même.

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14/08 – Quartier libre ce matin !

Nous en profiterons pour visiter l’île en en parcourant une bonne partie, tandis que Stan se consacrera à la photographie.
A marée basse une large étendue de terre reste à découvert, nous en profitons pour ramasser coquillages, carapaces d’oursins, et autres trophées.
La promenade nous conduit aux portes d’une propriété agricole et comme celle-ci est clôturée, nous  retournons au campement par ce qui nous semble être un raccourci et il en est bien ainsi sauf que celui-ci est marécageux, rempli de tourbières et bien souvent nos pieds s’enfoncent jusqu’au mollets. Pas de problèmes pour ceux qui portent des bottes, pour ceux en chaussures de sport c’est un peu plus humide (lol).

L’après-midi sera consacré à la détente puis à une nouvelle partie de pêche. Comme la veille Sylvain a monté sa caméra GoPro sur son casque pour filmer les scènes de pêche et bien lui en a pris car il capturera un moment exceptionnel.
Pendant sa séance de pêche au lancer, deux sternes virevoltent au dessus de lui. Stan qui se tient tout près aperçoit le manège et l’averti qu’elles semblent attirées par son casque. L’instant d’après, l'une des sternes se pose sur son casque tandis que l’autre se pose sur le pont avant. Elles entameront un échange de cris durant un long moment filmées par la caméra.  De retour de pêche nous découvrirons les images.

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Comme la veille, au menu nous aurons du maquereau et une nouvelle morue pêchée cette fois-ci par Stan. Encore une belle veillée et nous prenons conscience qu’il ne nous reste plus que deux étapes

15/08 – Nouveau départ, cette fois-ci en direction de l’île de Dyrøya où nous dresserons notre dernier bivouac. Le soleil nous accompagne dès le début de la journée et nous commençons par une petite traversée afin de rejoindre la côte de Senja. Au cours de cette étape la géographie du terrain changera, nous  quitterons les montagnes abruptes se jetant dans la mer et naviguerons le long d’espaces plus profonds où la verticalité de la montagne fait place à une terre vallonnées  parsemées de terres cultivées, de pâturages où paissent quelques vaches, moutons et chevaux.

Lors de cette étape nous ramasserons quelques moules d’une manière inhabituelle. Alors que nous progressons le long de la côte nous traversons une étendue de moules accrochées au fond de l’eau, à une cinquantaine de centimètres sous nos kayaks. Elles semblent énormes, aussi je ne peux m’empêcher d’essayer d’en attraper une. J’appelle Sylvain à la rescousse et sans sortir de mon kayak j’entreprends de me pencher en prenant appui sur le sien et plonge tout mon bras dans l’eau glacée jusqu’à pouvoir en arracher une. Elles sont effectivement énormes, une bonne dizaine de centimètres. La tentation est trop grande, avec Sylvain nous descendons de nos kayaks et nous retrouvons dans l’eau jusqu’à mi cuisse. Nos combinaisons sèches seront mises à l’épreuve car la température de l’eau ne doit pas arriver à dix degrés, nous nous immergeons jusqu’au cou et commençons la cueillette. Après une dizaine de minutes à barboter le froid nous gagne et c’est avec un bon apéritif pour le soir que nous arrêtons.

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Plus loin nous rencontrerons un aigle pêcheur posé sur un pieu au milieu de l’eau. Nous aurons l’occasion de l’approcher de très près et son envol donnera lieu à de belles photos. Après la pause de midi nous traverserons en direction de Dyrøya en prenant bien soin des navires qui circulent dans le chenal séparant Senja du continent. Notre objectif sur la carte s’appelle Berg, nous pointons nos gps et entamons la traversée. Après à peine une heure nous longeons Dyrøya et nous mettons à la recherche d’un bivouac.


N 69° 01.614’ E 17° 21.250’ (11 NM parcourus), pas de plage de sable en vue, l’unique endroit où nous pouvons débarquer est composé de galets. Nous descendons inspecter les environs et ne trouvons rien de confortable pour monter les tentes, une longue et presque plate esplanade de galets est ce que nous trouvons de mieux, ce sera l’occasion de tester l’efficacité des matelas de chacun sur ce type de sol, car jusque là nous n’avions connu que le sable ou l’herbe grasse.

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Les piquets ne sont pas d’utilité ce jour là et nous sommes obligés d’utiliser nos poches à ancres pour que nos tentes restent droites et résistent à d’éventuels coups de vent. Chacun essaie son matelas avant l’heure et s’assure qu’il supportera les deux nuits sur ce tapis un peu ferme.
L’installation des tentes en plein soleil nous a fait transpirer, par chance un joli ruisseau coule près de nous et recevra notre visite pour une toilette bien méritée.
Puis vient l’heure de nettoyer les moules et de les cuire. Elles sont grandes mais elles sont également coriaces, car nous devrons les cuire le double de temps habituel. Une fois trouvé le point de cuisson elles sont délicieuses !

La soirée se poursuit par un superbe coucher de soleil qui nous frappe de ses rayons en plein dans les yeux, la ballade de petits groupes de dauphins juste devant nous, et le va et vient des navires feront partie du spectacle.
Nous jetons un coup d’œil à notre ballade du lendemain, nous devrons grimper car le lac se trouve sur le sommet au-dessus de nos têtes.

16/08 – Préparation des repas, des sacs à dos, des cannes à pèche, nous avons l'intention de faire un carnage de truites et d'ombles chevalier au lac. Nous partons sous un beau soleil et démarrons une longue ascension. Nous passons devant quelques vestiges de maisons et d’autres en état de rénovation tout en suivant le cours d’eau qui devrait nous mener au lac. Quelques moutons bien gras nous dévisagent et des  rêves de méchoui, de côtelettes…, gèrement, mais ce ne sera pas pour tout de suite. Après une bonne heure et demie de marche nous arrivons en vue du lac. Entouré de forêt il est d’une taille respectable, nous recherchons un endroit d’où nous pourrons jeter nos lancers et lorsque celui-ci est trouvé Stan donne quelques conseils au novice que je suis. Ces lacs sont peuplés d’ombles chevalier, d’après Stan la chair de ce poisson est succulente et tous nous espérons la goûter.

Norway2013senja026Les premiers lancers ne donnent rien, nous changeons de d’emplacement, toujours rien. A ce jeu là je me lasse rapidement et laisse le lancer à Dominique avant de partir à la recherche de champignons car durant notre ascension nous avons déjà cueilli quelques cèpes et girolles.
Tout en cherchant des champignons j’entreprends de faire le tour du lac et rencontre un habitant de l’île qui est venu se baigner. Il bronze au soleil sur une grande esplanade, se croyant seul il est en tenue d’Adam et ce n’est que lorsqu’il m’aperçoit qu’il se dépêche d’enfiler un short.
Nous entamons la conversation ou du moins essayons, car son anglais est presque à la hauteur de mon norvégien. J’apprends qu’il vient d’un village qui se trouve sur le versant opposé d’où nous venons, qu’il y a de gros poissons dans le lac et qu’il y vient pêcher en hiver en faisant un trou dans la glace. Voyant que je ne suis pas seul il me demande combien nous sommes et ce que nous faisons, je lui explique que nous sommes sur le point de boucler le tour de Senja en kayak et que nous profitons de notre dernière journée de repos pour essayer d’attraper quelques poissons d’eau douce. Il me montre du doigt qu’il existe un autre lac quelques centaines de mètres plus loin et que celui-ci est plus poissonneux où du moins c’est que je crois comprendre. Il voit mon sac à champignons et me demande ce que je ramasse, je les lui montre et il me dit que ce n’est pas bon,  je suis surpris qu’il ne connaisse pas les cèpes et les girolles.

Je le quitte et continue mon tour de l’île. Après une bonne heure de marche je rejoins le groupe, ils ont déjà mangé. L’après-midi rebelote pêche et champignons, côté champignons nous avons de quoi nous faire péter le ventre, coté poisson nous sommes bredouilles et nos rêves d’omble chevalier grillés s’envolent. Le reste du groupe fera également connaissance avec l’ilien et sur ses conseils ira voir l’autre lac. La journée arrive à sa fin et il est temps de retourner voir si nos kayaks et tentes sont toujours là.

Le retour tout en descente se fait rapidement et la soirée peut commencer.
Notre dernier souper sent la nostalgie, demain nous traverserons de nouveau le chenal et retrouverons notre camping de départ.

17/08 – Le jour se lève bien gris et le vent commence à faire son apparition, il semble que notre dernière journée sera mouillée.
Nous avons tout juste le temps de tout ramasser lorsque les premières gouttes de pluie font leur apparition. Nous longeons Dyrøya en direction nord afin de traverser le chenal au plus court, la pluie et le vent redoublent d’intensité, il semble que Senja veut prendre congé de nous en versant quelques larmes.

La traversée est houleuse, le vent de travers avant et le courant du chenal nous obligent à prendre un cap plus au nord et c’est en mode crabe que nous le traversons en évitant les ferries qui circulent dans la brume qui commence à faire son apparition.

Après près d’une heure et demie d’efforts nous atteignons la rive opposée. Plus tard le tracé gps nous montrera la parabole de notre progression, pour l’instant nous recherchons un débarquement sur l’île de Tranøya. Nous choisissons une plage et pendant que certains vont jeter un coup d’œil à l’imposante église que nous apercevions depuis l’eau, les autres commencent à manger sur un embarcadère en bois sur lequel trône une table et un banc qui semblent nous attendre. Il fait froid et la pluie continue de tomber, nous avalons notre repas et nous pressons de repartir, l’arrivée se trouvant à un peu moins de 4 milles, nous avons hâte d’enfiler des habits secs.

La pluie cesse momentanément durant la fin du parcours et c’est sous un ciel toujours couvert que finalement nous rejoignons Skatvik. Nous rejoignons le camping heureux d’avoir bouclé Senja. Nous nous félicitons mutuellement et prenons les photos de rigueur avant d’aller annoncer notre arrivée à la propriétaire du camping.

Il semble que notre aventure a été très commentée et suivie, elle nous demande si nous voulons répondre à l’interview d’un journal local qui veut écrire un reportage sur notre périple. Nous sommes surpris et flattés de l'honneur fait et acceptons de patienter jusqu'à l’arrivée du journaliste en gardant nos équipements sur le dos. En attendant Patrick débouche un magnum de champagne qui nous attendait sagement dans le fourgon.

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Après la visite du journaliste nous nous empressons de nous doucher et d’enfiler des vêtements secs. Cette la nuit se passera en « hütte » à l'abri de la pluie incessante. En attendant un festin nous attend dans la salle à manger, chacun de nous devait apporter un plat consistant, pour chacun des jours de retour. Nous commencerons par le cassoulet der Jeanine et Patrick accompagné de quelques bons crus espagnols et français.  Les jours suivants, lors des bivouacs nous poursuivrons par une « fideua » (spécialité catalane), puis par des pieds paquets et finiront avec un veau corse.

Le lendemain c'est avec un magnifique soleil que nous plions bagage avant de reprendre le chemin de retour en début d’après-midi.

Cinq jours et demi serons nécessaires au retour chez Stan, puis après une nuit de repos à la Bastidonne et 500 kms de plus, nous sommes de retour à Barcelone.

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