SOS Tornado Seekers

 En ce samedi perturbé, le phénomène avait été signalé et faisait l’objet d’un article dans Var-Matin, avec une belle photographie de cette tornade en mer, entre Bendor et les Embiez. Ces épisodes de trombes d’eau, que l’on pensait assez rares, étaient rapportés, de plus en plus fréquemment, à proximité de nos côtes provençales. Sur les forums, aucun kayakiste n’avait de réponse face à ses caprices de la météo ; il n’en fallait pas plus, pour aiguiser la curiosité d’un petit groupe de néréens, sorte de «SOS fantômes»  de la pagaie.

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Cliché d'un Tornado Seeker (auteur inconnu)

 

Dans le cadre de l'antenne locale pour la recherche des phénomènes naturels mal identifiés (institut plus connu sous son abréviation anglo-saxonne Investigation for Natural Unknown Incident, le célèbre InuI Institute), une petite équipe est composée dans l'urgence, afin de s'enquérir, sur l'eau, dès le lendemain, de cet épisode météorologique spectaculaire. Les «Bouches de Nérée», formation réduite aguerrie, est sollicitée d'emblée, et si Sylvain T, en récupération, ne peut se joindre au groupe, c'est Eric P, membre virtuel entre Corse et Sardaigne, qui est disponible.

Le dimanche en début d'après midi, la pluie tombe encore encore sur cette partie de la côte du Var Ouest (tandis que plus à l'est des inondations et des vagues font beaucoup plus d'importants dégâts). Face à une ile Ricard arrosée, les «tornado seekers» sont à pied d'oeuvre, notamment Eric, qui installe ses capteurs, de la façon la plus pertinente possible, sur les trois embarcations.

VHF en poche, matériel de sécurité, revu avant d'affronter ces périls métérologiques : c'est « Go, Pros de la tourmente ! Cap à l'est ». Le premier azimut est la balise rendue célèbre par un modèle de T-shirt, à présent «collector». Mais, avant la balise cardinale, le passage obligé du trio, est le danger isolée de «la Fourmigue» : il se fait précipitamment, la tentation des surfs s'efface devant le sérieux de la quête scientifique du groupetto. Sous un ciel bas et gris, «La Cride» est atteinte. Jean, notre «pagaie noire» risque le capteur de sa proue, dans le premier tube aperçu : il ne s'agit, hélas, pas de celui d'une trombe d'eau, mais de celui d'un rouleau déferlant sur la roche, il collecte, là, les premières données numériques de l'expédition.

Tandis que le cap est contourné à distance, le soleil fait son apparition. Bravant les troncs et autres corps flottants charriés par la mer depuis la Reppe en crue, c'est un autre phénomène qui est documenté à plusieurs reprises. En effet, au levant, depuis le sol s'irise, entre les nuages, la décomposition céleste de la lumière blanche. Des anglicismes fusent alors comme autant de diagnostics : «rainbow» pour notre warrior, «gay Pryde» pour notre ingénieur. Il s''en suit, alors, entre chercheurs émerveillés par tant de stimuli visuels, un échange poétique et humaniste mêlant à l'arc en ciel, aux senteurs du lieu, difficiles à décrire. Sommes nous plus délicats sans graveleux ?!?

La superficie de l'eau brunâtre et opaque, essaie de mettre notre courage à l'épreuve avec, par là un tronc ébranché mimant la silhouette et l'aileron d'un squale, par là-bas des racines de cannes provençales simulant un dos de saurien des antiposdes ....la fine, voir très fine, équipe, plutôt que de continuer à jouer dans ce bal masqué aquatique, préfère s'éloigner de la côte, et naviguer, vent dans le dos, et en travers de la houle ample du large, pour traquer les vortex de vents violents. Au cours de cette recherche, l'anticipation d'un problème de réservoir, fait interrompre la moisson de données iodées, et oriente la navigation vers le seul abri côtier praticable, la côté Nord de l'ile Rousse

L'escale technique, se fait dans le calme d'un après-midi d'hiver et sous la surveillance de Jean. De loin le plus téméraire ce jour là, notre président des pagaies pas tristes, non content de surveiller l'entrée de la petite crique, se lance dans une circumnavigation de l'ilot varois le plus occidental. Depuis les falaises, notre collecte de prélèvements sur nos supports informatiques s'intensifie, alors que l'ambiance lumineuse varie du clair-obscur au vice et versa, en ce climat breton. Le magnétisme d'un horizon crépusculaire, orangé à jaune insipide et zébré de grains gris entre deux bandes sombres, affolent nos appareils de mesure ; pas moins de deux volontaires sont nécessaires, pour ré-étalonner le matériel à partir de leurs pâles dressées au dessus de l'onde. Lors d'une nouvelle rotation anti-horaire et collective, Jean, continue à manier la proue de son Kialivak avec la dextérité d'un endoscopiste, afin d'étudier, au plus près, les phénomènes qui se déroulent devant nous. Inquiets des gouttes et autres salissures qui pourraient gêner nos objectifs nous continuons, concentrés, nos observations et leurs enregistrements.

Après les camaïeux jaunes et gris de l'ile, nous regagnons la "504 de base" par le rivage, dans un feu d'artifice crépusculaire de rouge, bleu et vert. L'eau rendue d'un glauque verdâtre par le limon du Grand Vallat, en est presque fluorescente, tandis que sur terre, le minéral rouge et le vert végétal, après le grand essorage de la veille, s 'affichent dans des tonalités extravagantes. Les mauves et gris foncé du ciel complètent la toile, hélas toujours vierge de tourbillon. Nous croisons les doigts - ce qui pagaie en main, relève de l'exploit - pour que nos instruments résistent à de telles agressions. L'appareillage d'une poupe dodelinante montrera, hélas, les limites d'une préparation insuffisante à la maitrise de cette haute technologie

C'est une pluie battante qui rend bouillonnante la surface marine floue, dans la nuit naissante, qui nous accompagne lors du chargement de retour. Les habitacles de nos véhicules nous accueillent avec nos rechanges dans le froid et l'humidité, et certains se réchauffent en songeant à des aventures ottomanes et helléniques à venir, tandis qu'un autre verse une larme nostalgique, dans cette ambiance de bivouac scandinave estival, bientôt un lit douillet et la conversation d'une norvégienne calmeront ce mélancolique.

Au final, pas de tornade, mais un Graal atteint lors de cette sortie particulière, entre vieux compère sous ce ciel, et sur cette mer aux allures si particulières pour nos latitudes.

Ce n'est que partie remise pour les tourbillons et autres vortex, car fort de cette expérience, nous recommencerons. Si vous êtres confrontés à ces tourmentes ou si vous voulez vous joindre à nos campagnes d'étude, n'hésitez donc pas à nous contacter, via ce site ou la page facebook « Kayak de Méditerranée »

NB : Si à chaque sortie d'une demi-journée avec deux potes pour faire quelques photos, il faut que je vous ponde un conte aussi épique que fantaisiste de ce type ...... :lol: ! Reste les images et leur palette de couleurs, que nous avons collectées :

 

 

Tornado Seekers SOS from Pierre OLIVIER on Vimeo.

Pas si délirant non ? Pas si "bouches" que ça !

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