Trois néréens font les "Bouches" (partie 2 - Retour)

.Suite de la 1ere partie (Aller)

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Pagayant aux avant-postes, pour chercher, dès l’entrée du port de Maddalena, un plan incliné ,pour y haler nos kayaks, je suis surpris, par une grande flaque bouillonnante emergeant subitement quelques mètres devant ma proue, presqu’immédiatement suivie par une autre à tribord,….

Les hypothèses se bousculent dans ma tête : un plongeur ou plutôt un groupe de plongeurs ! Mais pas en scaphandre classique ? …le démarrage d’une hélice de bateau ! Mais rien en surface ?… un sous-marin ! Mais en plongée si prés du quai, et par si peu de fond ?… un gros poisson…??? ...!?. Devant cette absence de réponse crédible, l’effroi fait place à la surprise, et c’est, à grands coups de pales ,que je rejoins la jetée la plus proche ; je vois, alors, bondir, totalement, hors de l’eau un thon, de plus d’un mètre. Soulagé, j’attends mes deux équipiers, pour explorer ce port, où les rotations de ferries semblent constantes. Faute de  zone de mise à l'eau, c'est finalement, sur des petites passerelles en bois, que sont hissés les deux plus légers de nos esquifs, tandis que le Plasmor° est garé sur un rebord du quai de béton. Un restaurant du port est à proximité de notre "mouillage improvisé", et l’"Aragosta" retient notre attention pour déjeuner. Inquiet de notre présentation visuelle et "autre", auprès de nos congénères, après trois jours de mer et de haltes côtières, c’est, timidement, que nous entrons dans la salle comble. Notre hôte détend, d’emblée  l’atmosphère, par son accueil chaleureux aux «canoeistes», il s’avère être, lui aussi un kayakiste et nous montre de magnifiques photographies, de l’hiver passé, le montrant pagayant avec des dauphins gris, tout près du port. Le vrai repas, qui nous est servi, nous ravit ainsi que l’ambiance de l’Aragosta, que nous quittons, après nous être ravitaillé en eau minérale et avoir récupéré, chargées, les piles de notre appareillage électrique.

 

 

 

La ronde des bacs est plus calme, quand nous traversons le port, et c’est une traversée digestive qui nous permet de rejoindre, enfin, la côte de Sardaigne et quelques somptueuses villas au style smeraldique. Entre  la  Gallura et l'archipel que nous abandonnons, notre horizon est cerné par des terres et nous donne l'impression d'une croisière lacustre. Au fur et à mesure, que nous nous éloignons de l’Ours qui veille sur le cap du même nom, dominant Palau, le ciel se charge de nuages de plus en plus noirs. La pluie, en cette déjà fin de journée de samedi est d’abord fine, puis s’intensifie, tandis que nous coupons au large des plages de sable de part et d’autre de l’Isola di Gabbiani. La météorologie confirmant ses prévisions de vent d’Ouest, se levant dimanche, pour se renforcer, lundi, nous sommes soucieux de nous rapprocher du détroit que nous prévoyons de franchir le lendemain, le plus tôt possible dans la matinée.

Alors que les gouttes cessent presque, un coup d’œil sur la carte marine, nous laisse à penser que nous sommes à proximité, d’une plage où passer la nuit. Peu après dans le secteur prévue, nous apercevons une bande de sable surmontée de verdure qui semble un cadre idyllique pour un bivouac. La visite du lieu ,après débarquement, nous désappointe, quand nous nous rendons compte que la grève est étroite et que le champ, fleuri de loin, n'est qu'un bourbier labouré par les sangliers et parsemé de bouses, au centre duquel trône une petite mare. Tandis que Sylvain, s’évertue à trouver où monter le camp, Jean, resté dans son hiloire, revient de son exploration des criques suivantes, et est enthousiaste car il a trouvé la plage Dei Fichi. Nous emboîtons la poupe de notre éclaireur, pour aller, sur les posidonies détrempées, mais sans averse, dresser nos tentes,. Mes compagnons s’accordent, ce soir là, un feu de camp, sur l’"estran", tandis que, peu après, les précipitations, seront sans pitié, pour les négligents du campement de cette unique nuitée sarde.

C’est dans une ambiance de «Mistral noir», que nous prenons nos cafés, et les risées qui nous portent au large se renforcent, depuis les reliefs, au fur et à mesure que nous progressons vers le Nord. La dernière baie que nous traversons, nous fait dériver au delà de nos prévisions, et c’est par le large que nous atteignons les ilets granitiques de son extrémité.

Il est plus de 11 h, pour cette dernière pause, avant la traversée. Même si nous semblons déranger les goélands, les ilots Marmorata, sont un excellent site pour observer les Bouches de Bonifacio. Les vessies soulagées, nous vérifions la charge des V.H.F., et remplissons les filets de pont, de gourdes et barres énergétiques. Outre nos derniers hectomètres parcourus à la pagaie, la vision qui s’offre à nous est peu engageante : le vent d’ouest est là, avec des "moutons" dans le détroit. Même si l’horizon semble plat, l’apparition de deux voiliers, vent arrière, gréés de leur seul tourmentin, filant vers l'Est, nous fait redouter la tempête. La gorge un peu serrée, je propose à Jean et Sylvain de mettre le cap sur le phare de Pertusato, alors que notre objectif est la pointe Sud des Lavezzi, afin de'anticiper un éventuel courant d’ouest, réputé, dans ce détroit, comme un des plus puissants de Méditerranée. Alors que je préviens que, si au bout d’une demi-heure notre avance est contrariée, il faudra, peut-être, envisager de rebrousser chemin , ou de nous dérouter vers Razzoli, Jean me répond laconiquement en regardant les gabians, qui s’excitent ": les charognards sont déjà là" et sur ce, nous embarquons, avec un "Jusque là, tout va bien !".

Aucun bateau visible dans le détroit, le trafic maritime ne sous dérangera pas plus que lors de notre première traversée, seul le ronflement lointain du Moby° reliant les deux grandes îles ,par delà la frontière troublera, un temps, les bruits de la mer et du vent. Les premières minutes passées, nous nous apercevons vite que le vent établi, dans les Bouches est bien moins fort que les rafales de terre, que nous avons essuyées dans la matinée, les vagues ne sont pas très hautes par rapport à celles de nos navigations habituelles, et la dérive est presque nulle en ce premier jour de régime d’Ouest. Le vent tend à faiblir, et nous inclinons de plus en plus notre direction, vers la route la plus directe, tandis que notre navigation en groupe serré est ralenti par l’allure de l’un d’entre nous, aux prises avec des contractures cervicales.

A plus de mi-parcours, à la vue d’une tâche devant moi, j’arrête de pagayer, en même temps que Sylvain m’annonce, «tu as quelque chose à ta proue et ça ne ressemble pas à un sac plastique», en effet il s’agit d’une tortue caouanne dont la belle carapace verte a juste le temps de s’offrir à l’objectif du Sony. Superbe instant, mais bref, car la caretta-caretta de belle taille, nous fausse compagnie en plongeant. Le phare des Lavezzi se rapproche doucement, et le relief de la roche dessine, lentement, à sa gauche un crâne humain à la vue des "pirates" que nous sommes.

Malgré la faim de l’un et les douleurs de l’autre, au prix, d’un long circuit dans le labyrinthe de pierres, c’est dans une courbe sableuse, sauvage au sein de praires fleuries, parsemée de  blocs de granit, gros et ronds, que mes amis choisissent d’aborder.

Une fois restaurés et reposés, c’est encore la pluie qui nous accompagne entre Cavallo, Ratino et Porragia,. Prés de la côte, nous rencontrons, de nouveau les pétrels, mais pas les dauphins. Après avoir pris en enfilade les  roches rouges, en sens inverse de l’aller, et  toujours ,avec quelques crissements de  nos coques lourdement chargées, ce sont les falaises calcaires, sur la rive opposée à notre parking , qui nous attirent pour notre retour à Santa Manza. Loin, des pans écroulés des parois pâles, et sous la garde d’un bunker et de sa tourelle blindée, se dresse notre dernier camp, de cette partie de "Bouches à Bouches", qui a tenu, au delà de ses promesses.

Ayant déjeuné et bivouaqué sur des iles et îlots différents, presque à chacun de nos arrêts, comme autour d’Ithaque lors d’une odyssée passée, c’est avec une nuit à suspense, digne d’un titre de M Higgins Clark qu’allait se poursuivre cette aventure dans une seconde partie, exclusivement corse, que je laisse à un autre, le soin de vous conter.

Avant ça autour d’une bouteille « bien de chez nous » nous remercions les dieux de ne pas nous être tombés sur la tête, et de nous avoir permis de rejoindre Daniel et  Martine, au sein de la tribu des « Bouches’men » de Nérée , gnrrh… gnrrh… gnrrh


Quelques photos de Jean & Sylvain, pour ceux, qui avec ce récit  de Bouches, nous prendraient pour des  ....."bouches" !

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