Trois néréens font les "Bouches" (Partie 1 - Aller)

Après avoir embarqué, de justesse, dans le Corsicaferry la veille, nous sommes prêts avec mes deux compagnons, Jean B et Sylvain T, à essayer de traverser des bouches de Bonifacio, nous promener en Sardaigne et revenir.

En ce milieu de journée du 1er mai, la robuste 504 a été délestée de son superbe chargement de toit, avec le Kialivak° centré sur les barres, et flanqué d’un Marlin° sur la tranche, sur chacun de ses côtés

Nous voilà, dans la baie de Santa Manza, avec tout le matériel de randonnée, largement éparpillé autour des kayaks, et l’angoisse habituelle de ne pas parvenir à tout ranger dans les coffres. La répartition de nos bric-à-brac, avance lentement tandis que d’un oeil distrait, j’ai, parfois l’impression de voir sauter des dauphins de l’autre côté de la baie, comme cela nous est arrivé, le matin même, en buvant le café, en terrasse, à la sortie de Bastia. Les conditions météorologiques, sont optimistes pour le lendemain rendant probable la réalisation de notre projet. Le chargement terminé, nous déjeunons et prenons la mer en direction de la pointe Capicciolu. Les auto-caravanes des randonneurs et véliplanchistes, garées sur le bord de la route côtière, semblent saluer notre départ. Du dernier parking, un air d’accordéon s'élève comme pour nous accompagner, permettant à Jean un parallèle avec l’air de banjo, de «Délivrance», conclu par un «Pour l’instant, tout va bien !».


Pressé de retrouver les défilés de roches rouges de la côte Est de la presqu’île, je double rapidement le cap d’où j’aperçois un aileron, sur un dos rond, à moins de 100 m de la côte : le rase caillou attendra ! Nous nous précipitons vers le petit groupe de cétacés ! Sans nous fuir, ni chercher notre contact, plus d’une vingtaine de dauphins, répartis en plusieurs groupes, nagent autour de nos kayaks. L’enthousiasme de nous mêler à ces sympathiques mammifères, fait parfois place à une sourde appréhension, lorsque les plus gros spécimens nous surprennent, en faisant surface à quelques mètres de nos bateaux, là, où nous ne les attendions pas ! Ce sont des familles entières qui fendent l’eau, avant de disparaître, puis ressortir au bout de quelques minutes, à espaces réguliers, un peu plus loin. Un "bleu-gris" glacis et ondulant, est la toile de fond de cette rencontre, lors de laquelle nous ne cessons de dégainer nos appareils photographiques. Ce moment magique se prolonge plus d’un quart d’heure, puis les cétacés s’éloignant vers le nord, nous reprenons notre chemin au milieu d’un champ de pétrels. De quelle meilleure "mise en bouche" pouvait-on rêver, pour cette navigation ?

Le littoral, digne de l’Esterel et du cap du Dramont, nous réserve de beaux passages escarpés, sur une mer peu agitée, dans laquelle Sylvain plonge pour récupérer une accessoire mal arrimé. C’est au pied d’une colline surmontée d’une tour génoise que nous décidons de monter le camp pour la nuit.


Les conditions, particulièrement calmes, nous font envisager de franchir le détroit au petit matin en coupant entre les îles Cavallo et Perdito, lorsqu’un coup de téléphone change nos plans. Nos amis insulaires Daniel et Martine, qui ont pagayé, jusqu’en Maddalena, quelques années plus tôt, aimeraient nous rejoindre. Gêné par un canal carpien, Daniel envisage d'éprouver son poignet en nous accompagnant jusqu’aux Lavezzi où il décidera en fonction de sa forme, de pousser plus loin ou de regagner la Corse. Nous prenons donc rendez-vous avec ces deux néréens, pour le milieu de matinée à Piantarella.

Après une nuit de repos, la mise en route est laborieuse jusqu’à la jonction avec nos amis corses, qui nous ravitaillent en eau et en pain. Après des retrouvailles abrégées, c’est sur une mer d’huile, par l’ouest de I’ile Plana que les discussions se poursuivent. Un dauphin, est encore aperçu mais lointain et solitaire vers le Sud. Après concertation, nous décidons de pique-niquer précocement, pour avoir l’occasion de déjeuner avec Dan et Korsette, qui finalement ne traverseront pas avec nous. Et c’est en début d’après-midi, après quelques péripéties, que depuis la Pyramide de la Sémillante, nous croisons le phare, pour nous rendre compte qu’un vent d’Est modéré s’est levé, puis cap à 90°.


C’est avec un clapot serré et un vent stable, par trois-quarts avant babord, que notre traversée de M Nautiques, vers Razzoli, se fait avec une durée un peu plus longue que prévu. Peu de distance nous sépare les uns des autres, quand nous abordons l’île italienne. Sylvain cherche d’emblée, une crique pour apaiser un échauffement débutant. Au bout de quelques mètres, dans la première calanque, une odeur acre nous prend à la gorge et nous fait redouter la présence d’une charogne. Notre deuxième tentative, vers un autre plagette butte, sur les mêmes effluves. Frustrés par ce beau paysage embaumé par une puanteur omni-présente, nous naviguons le long des petites falaises jusqu’à une petite baie, dans laquelle notre odorat souffre moins. Dès notre débarquement, Sylvain trouve la réponse à ce phénomène olfactif : un échouage massif de velelles. Nous nous dégourdissons les jambes, quelques minutes au milieu des rampes de pierres sèches, et d’une végétation aussi rase que fleurie, puis c’est en rase-caillou que nous longeons les côtes occidentales de Razzoli, puis de Budelli, où nous essayons de ne pas troubler une colonie de plusieurs dizaines de cormorans. A l’approche d’une des nombreuses bornes pyramidales de cette zone, nous entamons la traversée vers Spargi.

Vent arrière, cette île est rapidement atteinte, et c’est une bonite sautant à quelques mètres au vent du kayak qui égaie cette courte traversé. Nous choisissons de naviguer vers le Sud, à l’Ouest de Spargi ,où  nous croisons un couple de pachydermes rocheux, sous le soleil. Notre traversée tardive des Bouches, ne nous permet pas d’envisager de dormir en Sardaigne, comme prévu, et, c’est non loin de la Cala Corsara, à distance des zones protégées, que nous montons nos abris de toile. Nous vivons, là notre plus belle attaque de moustiques de tout le séjour, en même temps que nous observons l’amplitude de la marée bien plus importante, ici, que sur notre littoral breton varois.

Au petit matin, après avoir visité, les belles plages du Sud de l’île et longé sa côte sur prés d’un mille, nous abandonnons Spargi pour la grande île de la Maddalena, que nous longeons vers le Nord et l’Est sans oublier de contourner le moindre îlot, ni d'observer la moindre crique. L‘aire printanière, aidée par une pluviométrie généreuse, fait exploser la végétation et c’est un florilège de couleurs et de "verts ", que nous offre cet archipel, même dans ses recoins arides et ses ilots, habituellement, les plus secs. Le vent du Nord rend le passage des caps, sportif et amusant, et nous choisissons la Cala Spatamora, pour ouvrir, à l'abri nos boîtes de salades, agrémentées de fines tranches de Coppa.

La randonnée se poursuit en explorant le nord du chenal qui sépare les deux plus grandes îles de l’archipel. A la vue du pont rénové, nous rejoignons Capreira, dont la beauté montagneuse et boisée change du décor  au relief plus bas, des ces dernières heures. Les lagons dans lesquels se prolongent des rus, cernés de boules de granit, de pins parasols et de parterres de fleurs nous évoquent plus des jardins japonais, que des rivages latins. L’ile, que choisit Giuseppe Garibaldi pour y finir sa vie, devient de plus en plus sauvage, au fur et à mesure que nous la contournons par le Nord. Un ciel bas, les casemates abandonnées, la présence de «chasses» bouillonnantes sous les piqués de gabians, contribuent à rendre le dépaysement plus fort encore. Alors que le soleil décline, subitement le temps fraîchit la température baisse, et sur les reliefs de la Sardaigne proche, de gros nuages noirs s’amoncellent zébrés d’éclairs de plus en plus vifs. Mes compagnons envisagent de ne pas pousser plus loin pour cette journée, et de trouver un abri au plus tôt. C’est, dans une magnifique crique boisée s’ouvrant sur le large et Isola Monaci que nous trouvons refuge. Sylvain monte un paratonnerre de son invention à qui nous devons sans doute, d’être épargné par les intempéries cette nuit-là ;) . Nous profitons de cet havre de paix, pour profiter d’une soirée "On peut être graveleux, on n'en reste pas moins délicat !" plus longue et passer une nuit sereine. Le lendemain nous finissons notre tour de Capreira en longeant le Sud, ses presqu’îles, ses plages aménagées et ses forteresses désaffectées. Nos équipements électroniques, à court de batterie nous incitent à aller déjeuner au restaurant. Direction la ville de Madellena, par San Stefano, et les pontons vides de sa base de sous-marins.

 
Un des albums des photos de Bouches

...... (à suivre dans la 2eme partie : Le Retour)

 

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