Ne perdons pas le Nord ! Groenland 2011

Après notre périple de 2010, nous poursuivons une nouvelle fois l’aventure dans ce pays si attachant où l’hospitalité des habitants contraste avec des conditions naturelles souvent très rudes.

Le programme de ce mois de juillet 2011 : relier Arsuk à Narsarsuaq en kayak de mer, toujours dans le Sud du Groenland.

groelnad2011

 

Arsuk est un village de 190 habitants ne disposant pas de véritable port. Les bateaux de la compagnie Artic Umiaq Line, assurent une liaison hebdomadaire. Les transferts des passagers (et de nos kayaks), entre le bateau et le ponton du village, se font par navettes.

Narsarsuaq est le siège de l’aéroport international que nous rejoignons via l’Islande. Sur notre trajet les villages d’Igvitut, Qassimiut et Narsaq ont permis contacts et compléments de ravitaillement.

Malgré notre habitude de mener à bien de tels projets, cela demande beaucoup d’énergie pour organiser une telle aventure. 25 jours de navigation en autonomie presque totale.

Afin d’améliorer le quotidien, 3 colis de nourriture ont été envoyés (21 kilos) au préalable. De part sa fiabilité, nous avons fait de nouveau appel à Jacky Simoud de Blueice (www.blueice.gl.) pour la location des kayaks de mer et le transfert à Narsaq d’où nous prendrons le bateau Sarfaq Ittuk afin de rejoindre Arsuk.

De là, 350 km de navigation au gré de nos envies, des rencontres, et de la météo pas toujours clémente cette année.

Cette aventure humaine a été marquée par :

Les rencontres

Notre expérience de l’année dernière et paradoxalement le mauvais temps ont certainement facilité les rencontres. L’accueil des Groenlandais n’a jamais failli. Vous passez dans l’unique rue du village et vous êtes interpellé pour venir partager un Kafemik. (Invitation à prendre un café, un thé et quelques gâteaux) Et vous voila reçus dans une maison confortable. Bien sûr vous avez pris le soin au préalable de vous déchausser et de vous dévêtir un peu car les intérieurs des maisons groenlandaises sont souvent surchauffés. Ces invitations sont un moment d’échanges et de convivialité.

Après 10 jours de raid dans de mauvaises conditions météo, nous arrivons à Qassimiut encerclé par le pack de glace et sous une pluie battante .Nous voyant chercher un emplacement pour la tente, un habitant est venu à notre rencontre et nous propose d’occuper une maison dont le propriétaire est absent. Ce véritable cadeau est arrivé au bon moment, nous avions besoin d’un peu de repos, d’une douche bien chaude et d’être au sec…Voila un bel exemple de cette spontanéité et cette générosité rencontrées tout au long de ce périple. Cette année, nous avons apprécié dans chaque village la maison commune. Accessible à tous elle offre la possibilité pour quelques couronnes danoises de se doucher, et de laver son linge. Ces villages ne possédant pas l’eau courante dans les maisons, c’est un service indispensable pour les habitants.

Certaines rencontres même si elles ont été éphémères ont été très fortes en émotion. Je pense en particulier aux quelques heures passées avec Carolina et Jimmi dans la base militaire de GrØnnedal.

La rencontre à Narsaq avec Pierre Auzias, skipper de l’AVANNAQ un très beau voilier de 11 m, Bertrand Lozay réalisateur, et Christophe a été également un temps fort. Nous avons passé une soirée bien agréable dans le carré du bateau, chacun ayant amené quelque chose pour le diner. Ce sont des personnalités attachantes. Encore de belles expériences à partager. De telles rencontres enrichissent ce séjour.

Les enfants au Groenland font partie intégrante du paysage. D’une gaieté permanente, dehors par tous les temps, ils jouent souvent ensembles. Curieux, ils cherchent le contact, pour notre plus grand plaisir.

J’allais presque oublier, la cerise sur le gâteau !!, le passage de la reine du Danemark à Narsaq. C’est l’Evènement du village. A 10h du matin ce dimanche 24 juillet toute la population rejoint le petit port. Des jeunes, des vieux. Certains en habits traditionnels, d’autres habillés normalement. Avec un protocole réduit au strict minimum, elle descend à l’heure prévue de son yacht royal le Dannebrog accompagnée de son mari le prince consort Henrik un Français bien de chez nous. Nous sommes aux premières loges pour ne pas rater ce paradoxe ; la ferveur des Groenlandais pour la famille royale tout en se prévalant d’une indépendance toute neuve.

La banquise

La rencontre avec le pack a également été une nouveauté cette année. Le pack c’est de la banquise dérivante, plus ou moins importante, morcelée. C’est un vaste champ de glaces ou plutôt un chant de glaces. A l’approche du village de Qassimiut, nous l’avons entendu bien avant de le voir. Une sorte de grondement sourd lié au mouvement de la glace sous l’effet de la houle et du vent. Une fois au contact, après avoir évalué la situation, il faut se frayer un passage le plus sécurisé possible. C’est une expérience unique, envoutante, épuisante … De même l’émotion devant la beauté des icebergs ne faiblit pas, bien au contraire.

Les animaux

Les bœufs musqués ont été introduits il y a quelques décennies dans ce secteur du Groenland. Ils sont en totale liberté. Leur population croit rapidement car il est bien adapté au climat arctique. Malgré son aspect de bovin, c’est en fait un capriné de souches primitives. Il vit en groupe.

C’est un vrai plaisir de contempler ces animaux quasiment préhistoriques. Ils se sont montrés craintifs et curieux à notre endroit. Mais nous n’avons jamais cherché à approcher de trop près ces mammifères herbivores…

Prudence !

Les rennes, nous ont fait notre plus beau cadeau. Profiter d’un rassemblement d’une centaine de têtes durant une demi-journée entière, c’est une situation enivrante et totalement inoubliable.

L’ours polaire ? Quelques uns trainent épisodiquement dans le secteur… Nous n’en avons pas rencontré, Ils doivent préférer de la viande moins coriace que celle d’un vieux kayakiste. C’est sur la base de ce postulat que j’ai dormi sur mes 2 oreilles (et surtout parce que j’étais souvent cuit !...).

L’avenir du Groenland ?

Le Groenland, dont la population avoisine les 55 000 habitants, est aujourd’hui à la croisée d’enjeux climatiques et de convoitises économiques. L’ouverture programmée de la voie maritime Nord Sud, le potentiel en minéraux rares attisent les appétits sur ce pays plus facile d’accès et qui regorge de réserves d’hydrocarbures. A notre niveau nous avons remarqué que la survie des petits villages semble compromise. Ainsi par exemple le village de Qassimiut possédait une école l’année dernière, cette année, faute d’instituteur pour ce poste, l’école a du être fermée. Nous en voyons déjà les conséquences sur la vitalité du village. Beaucoup de maisons se délabrent. Nous n’avions pas eu ce sentiment de déclin l’année dernière. Par ailleurs, faute de poisson et de débouchés, les pêcheries ferment une à une… Néanmoins, l’énergie de ce pays tout neuf est un signe positif pour faire entrer les Inuits dans l’aire de la modernité dans le respect du développement durable. Puissent-ils un jour nous donner des leçons dans ce domaine.

Et le kayak dans tout ça ?

Le kayak est un moyen de locomotion formidablement adapté à ce pays sans infrastructures. Il nous donne l’indépendance et favorise l’accueil plus chaleureux de la part des Groenlandais. Rien de plus excitant que de partir pour 25 jours en autonomie presque totale. Etre humble face aux éléments, se fondre dans le paysage, voila un des atouts de ce formidable outil inventé par les Inuits il y a près de 4000 ans.

Ce fut une belle tranche de vie.

Patrick DEROIDE – Jeanine BOUT / Aout 2011

Album Photos n°1

Album photos n°2

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