Le boyau du diable en kayak de mer

El traou en la montagna.

Déjà Vasco de Gama note, en 1496, dans le carnet de bord du Trinidad, lors d’un de ses voyages peu connus en mer mésogée : Poucos dias depois do Natal vamos ao longo da costa perto da lugar que os nativos, assustado, chamar o buraco na montanha. Nao querendo privar me dos marinheiros eu nao parar nesses lugares ainda inexplorado.( Quelques jours après Noël nous passons, au long du littoral, près de l’endroit que les indigènes appellent, effrayés, le trou dans la montagne. Ne voulant pas me priver de marins je ne m’arrète pas dans ces lieux toujours inexplorés ).

Boyau_diable_PAPOU

Sortie du boyau du Diable

C’est dans ce texte portugais qu’on voit apparaître pour la première fois ces termes buraco na montanha: le trou dans la montagne, en idiome local actuel: el traou en la montagna.

Cette expression va apparaître assez régulièrement dans les livres de bord des vaisseaux passant dans les parages. A chaque fois les capitaines parlent à mots couverts de lieux inhospitaliers qu’il convient d’éviter. On dit même que sur les galères royales les galériens les plus endurcis se signent discrètement en passant au large du ‘traou en la montagna’. Au XVIIIème siècle les marins le nommeront le boyau du diable. Personne ne s’y risquera.


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2009. Kayaks de mer.

 

Quelque temps après l’An. Nous avons erré des heures le long des falaises hostiles et enfin dans un repli incertain de la roche Le voilà. D’abord une bouche béante s’ouvrant sur un gosier avide qui semble engloutir chaque oscillation du flot.

 

Hésitation.

 

Qui va s’engager dans cette béance horrifique ? L’un ou l’autre ? Ce sera l’un. D’abord la pénombre, puis l’ombre qui efface les formes. L’obscurité maintenant, les parois invisibles mais présentes, ici heurtant l’épaule là frôlant la main. La pagaie inutile. On avance à tâtons . Ohé l’autre tu es là ? Pas de reponse; la montagne s’est refermée il faut avancer accompagné du seul bruit de sa respiration oppressée.

 

Ohé je suis là . Il est là.

 

Nous sommes deux maintenant. L’un encourageant l’autre; l’autre encourageant l’un. Le noir, le noir; le choc des étraves sur des obstacles invisibles, le raclement des plats-bords sur les parois incertaines. Le temps a disparu. Il faut avancer.

 

Ohé tu es là ? Oui je suis là.

 

Alors nous avançons. Obstinément. Des heures peut-être ou des minutes seulement. Nous sommes maintenant suspendus dans l’éternité de la durée. Mais que se passe-t-il ? Les parois, les obstacles se sont retirés, la voix se perd dans l’espace invisible. Où sommes nous ? dans une caverne ? sur un lac ? suspendus dans l’infini obscur ? Au centre de la terre peut-être.

 

Mais quoi ! Là, devant, quelque chose. Une lueur. Non. Ce n’est pas possible puisque nous sommes prisonniers du noir. Une lueur pourtant, imperceptible, vivante, qui semble nous dire: ’Venez vers moi’. Alors doucement, doucement n’osant y croire nous avançons vers cette lumière vers La lumière qui doit se trouver là, derrière cette aube improbable.

 

C’est bien Elle.

 

Après l’obscurité voici la pénombre où l’eau et le rocher se disjoignent puis l’ombre claire où réapparaîssent les formes et tout là-bas la sortie en arche de lumière. Les pagaies maintenant. Le flot plus large a repris sa lente respiration; là-bas, là-bas enfin le ciel, la mer. Nous nous arrêtons silencieux à la sortie de l’antre.

 

Oui nous voilà, c’est bien nous. Nous avons vaincu le Boyau du Diable (Voir les photos).

 

 

L’un

Gérard Pillet

L’autre

Jean Philippe

Arboireau (PaPou)

  Pillet_G Arboireau_JP
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