Tour du lac de Ste Croix

Je vais vous raconter un pneu mon tour du lac de Ste Croix.
Pourquoi un pneu ? Non pas parce que je suis crevé (trop facile celle-là) mais parce que tout a commencé par une histoire de pneu...

Mercredi soir je prépare mes affaires, les charge dans la voiture, mets le kayak sur les barres de toit et avec le sentiment d'être fin prêt jette, à tout hasard, un œil sur mon pneu avant gauche que je surveille particulièrement vu qu'il s'use en biais; au prochain changement de pneus je ferai refaire le parallélisme mais en attendant il faut surveiller ça.
Une Super5 toute neuve pourtant...

Sage précaution que ce coup d'oeil...
Je rêve ou on dirait que la ferraille apparaît? Pas bon ça...
Je jette un oeil à son jumeau (à tribord quoi), son état est correct, il s'use lui aussi de biais mais de façon nettement moins prononcé. Ouf c'est bon je mets la roue de secours à gauche, et je peux quand même aller au lac de Ste Croix, je changerai les 2 pneus samedi me dis-je. De toutes façons demain c'est le 1er mai donc y aura rien d'ouvert.

 

Et vas y que je te sors la manivelle; oups! Je m'aperçois alors qu'elle est cassée et qu'il manque la douille permettant de desserrer les écrous. Heureusement que je n'ai pas crevé et que je ne suis pas au bord de la route... Une clé de 19 à oeil plus tard je sors la roue de secours de son emplacement et commence à engager le cric sous la voiture.
"Dis papa c'est normal que la roue de secours soit plus grande que les autres?" Je réponds à mon fils qu'à 15 ans les jeux video je suis d'accord mais l'alcool non. L'effronté me répond qu'il y a même une sacrée différence...
Je me penche sur le problème et m'aperçois qu'effectivement si les roues en service sont équipées de pneus en 145/70/13 la roue de secours elle, est en 145/80/13...

Ne croyant pas à quelque force occulte qui userait de stratagèmes aussi bas pour me dissuader d'aller faire du kayak je décide de la monter quand même; la voiture penchera vers la droite mais prendra les virages à gauche plus facilement, ça équilibre...

Et c'est donc avec une voiture qui affiche ses mauvais penchants que j'arrive à la mise à l'eau de Ste Croix un peu avant 10h. La veille j'ai acheté une nouvelle tente et un nouveau sac de couchage nettement moins encombrants que ceux que j'avais (les 2 doivent prendre moins de place que le seul duvet précédent) et comme j'ai l'entraînement de la 1ère fois au lieu de mettre 1h30 à me préparer cette fois-ci ça ne me prend que 75 minutes.
Je vous laisse quelques secondes (minutes?) pour calculer... Ca y est? Les mauvaises langues pensent donc maintenant que je n'ai gagné qu'un quart d'heure mais pour ma part j'estime que toutes les 5 minutes j'en ai économisé une...

Afin de comprendre comment l'eau rendre dans les caissons étanche je dispose une grande serviette de bain au fond de l'hiloire: elle absorbera toute l'eau que je peux faire rentrer au moment de l'installation et donc si c'est l'eau de l'hiloire qui franchit les cloisons ils resteront secs.
Je pars donc peu après 11h en espérant que je me suis bien remis de mon bivouac précédent, seulement 3 jours auparavant. Je commence doucement pour chauffer tranquillement la machine qui n'est plus toute jeune.
Le vent est presque nul, l'eau est plate comme une limande, le soleil brille, tout va bien...
Les rives défilent doucement, je salue les pêcheurs, les promeneurs, les pique-niqueurs enfin bref tous ceux qui profitent du 1er mai au bord de l'eau. Mon corps semble s'être remis des efforts du week end précédent mais mon estomac, lui, réclame un arrêt et c'est donc au bout de presque 90 minutes d'efforts que je fais ma première pause après 5 km de pagayage plutôt lent mais coulé et appliqué.

Je m'accorde une pause de près d'une heure durant laquelle je ramasse une balle de ping pong fracassée pour un usage bien précis que je vous laisse deviner, je ramasse les copies au moment du bivouac. J'en profite pour vérifier que les caissons sont secs, CQFD.
Je repars vers 13h30 après m'être sustenté (saucisson, pâte à tartiner, miel, pomme), je me sens en forme, je n'ai (encore) mal nulle part et j'accélère un peu le rythme.

J'arrive vers l'extrémité nord du lac, le décor change un peu, il y a beaucoup plus de végétation immergée, le fond est remonté, par moment ça ressemble à une mangrove.
Les poissons pullulent mais un pêcheur me dit qu'ils ne veulent pas se laisser prendre.
Je me dirige maintenant vers l'embouchure du Verdon qui alimente ce magnifique lac.
Alors que j'arrive à l'entrée d'une crique d'une largeur d'une cinquantaine de mètres que je veux explorer, je m'aperçois qu'il y a 2 pêcheurs face à face à son entrée.
Je ne veux pas gâcher leur plaisir et cherche des yeux les bouchons mais comme ils sont invisibles je vise à peu près au milieu.
"Vous voyez pas les cannes?" Un pêchieur (non y'a pas de faute) vient de m'interpeller.
"Si je les vois, ce sont vos bouchons que je ne vois pas!!!"
"C'est normal ils sont au fond"
"Il est donc normal que je ne les vois pas, je vais au fond de la crique il faut bien que je passe quelque part, mettez des repères visuels et je les éviterai."
Arrivé au fond de la crique bien évidemment je fais demi-tour et je repasse le plus au large possible du pêchieur précédemment cité.
Du coin de l'oeil je le vois qui me suis depuis la rive.
"Et là tu viens de passer à un mètre de mon bouchon!!!"
"Je ne l'ai donc pas touché, bonne journée"
'Tu as tort de faire le malin, je vais t'attendre à ta voiture je suis là jusqu'à une heure du matin!!!"
Je pense que je suis content pour lui qu'il ait des occupations nocturnes aussi saines, que s'il s'imagine que je fais du kayak comme lui pêche (c'est-à-dire à 50 m de ma voiture) il n'est pas prêt de trouver ma place de parking et je lui réponds:
"Pourquoi tant d'agressivité ? La pêche c'est un sport de détente, non ? Je n'ai rien dit d'agressif, vous avez le droit de pêcher et j'ai le droit de naviguer."
"Tu fais le malin parce que t'es sur l'eau!!!"
Lassé de rester calme et poli:
"Faut venir me rejoindre, mais gaffe elle est froide et faut savoir nager!!!"

Sur ce j'accélère le rythme, il a l'air tellement c.. qu'il est capable de plonger et de se noyer.
Un peu plus loin sur la rive une famille italienne me salue, j'apprends alors qu'en italien kayak se dit... kayak, c'est facile l'italien.
Le gamin transalpin qui jetait des cailloux dans l'eau avant que j'arrive obéit à ses parents qui lui demandent d'arrêter en faisant semblant de s'essayer aux ricochets; je dis semblant parce que son but est visiblement de réussir à me toucher, sans me toucher, tout en me touchant (il me ressemble ce gamin...).
Bien entendu s'il réussissait il s'empresserait de dire un truc du genre "no fatto lo espresso" ce qui selon les cas peut vouloir dire "je ne l'ai pas fait exprès" ou "je n'ai pas fait le café"... Comprenne qui pourra.
Fort heureusement comme il n'est pas plus doué pour les ricochets que moi pour l'italien il ne réussit pas à me toucher ce qui me permet d'aborder le Verdon en bon état ou à peu près.

Les kayaks de location et autres pédalos pullulent et après 500 m je fais demi tour puisque ce que je veux faire c'est le tour du lac pas la remontée du Verdon jusqu'à Castellane.
Sur le lac je vois des esquifs d'aviron en cours de mise à l'eau, je m'approche et admire les lignes pures d'un deux sans barreur et de 2 quatre avec barreur. Lorsqu'ils démarrent ça me donne l'impression d'être en Deuche à côté d'une Formule 1.

Comme la zone est un peu trop fréquentée à mon goût je préfère passer la pointe qui ferme l'estuaire avant de faire ma deuxième pause pour me restaurer un peu à nouveau. Il ne doit pas être loin de 16h30 et je ne suis pas encore arrivé.
En fait à ma grande surprise il n'est même pas 15h40 et je viens de faire un peu plus de 10 km en 2h10, mon rythme a effectivement augmenté. Comme j'ai le temps je m'accorde une pause d'une cinquantaine de minutes.

Pour passer la nuit j'ai prévu d'installer mon bivouac sur l'île de Coste Belle en face du village des Salles sur Verdon (sur le lac de Ste croix il y a une seule île vous ne pouvez pas vous tromper) et comme j'ai un peu d'avance je vais faire le tour de la baie des Salles au milieu de laquelle se trouve l'île, ce sera toujours ça de gagné pour demain.
J'arrive assez rapidement (vu mon talent en ce domaine je ne me risque plus à une estimation horaire, désolé) au niveau du village des Salles qui n'est qu'à 3,5 km de ma dernière pause. Enfin du nouveau village (le plus jeune de France) parce que l'original il est au fond du lac depuis 1973. J'entame le tour de la baie que je pense faire rapidement. Sauf que le tour de la baie fait 6 km à lui tout seul et que ça va être plus long que je le pensais. J'y fait ma première photo d'un oiseau depuis un kayak (dans un endroit hyper calme et à peine venté, pas fou (de Bassan ou d'ailleurs) non plus) et lorsque j'entame la traversée pour rejoindre l'île je me dis que la journée a été relativement tranquille.

Tranquille jusque là mais maintenant ça se gâte: le vent s'est levé, des vagues se sont formées et la traversée la plus énorme que je n'ai jamais faite (après vérification y'a au moins 800 m) ne s'annonce pas très rassurante. Pour préciser ce que j'entends par vagues nous dirons qu'elles faisaient environ 35 cm et évidemment sur 800 m c'est pas le Cap Horn mais je débute alors si j'en vois un qui rigole...
Le kayak est vent (et vagues) de travers toute la traversée, les vagues passent régulièrement par-dessus le pont avant et je passe mon temps à me demander quelle rive est la plus proche au cas où je doive la rejoindre en nageant si vous voyez ce que je veux dire. Vu la température de l'eau ce serait bien que ça ne soit pas trop long...

Finalement j'atteins l'île sans soucis fais le tour de sa pointe nord-ouest et me retrouve dans une crique abritée du vent, un endroit qui me paraît parfait pour bivouaquer.
Je débarque vers 18h45 après 2h15 de navigation pour boucler près de 10 km depuis ma dernière pause.
Durant cette première journée j'ai donc fait près de 25 km en un peu moins de 6 h de navigation.

Avant d'installer le bivouac je commence par mettre à sécher tout ce qui est mouillé, gilet, jupe, chaussettes, chaussures, gants etc etc...
Après cela je m'attaque au montage de ma nouvelle tente. Chez D........ elle n'était pas montée mais je ne me fais pas de soucis le schéma de montage intégré au sac est bien détaillé.
A la fin du montage j'ai beau tourner le problème dans toutes les sens j'ai 3 sardines en trop alors que la tente et le double toit se touchent irrémédiablement; en clair, à moins que les matériaux soient particuliers s'il pleut je suis mal. Ce qui me semble manquer ce sont des attaches latérales permettant d'éloigner le double toit de la tente et qui expliqueraient 2 des 3 sardines en trop. Je verrai ça avec le magasin plus tard, de toutes façons cette nuit il ne pleuvra pas.

Je vide tranquillement le kayak installe mon nouveau duvet (qui me paraît bien léger tout à coup) puis vais chercher du bois pour allumer un petit feu. Le bois mort ne manque pas et grâce à un petit coup de scie par ci et un autre par là je me fais rapidement une petite réserve.
Et à votre avis je vais l'allumer avec quoi mon feu?
Ceux qui ne savent pas n'ont jamais vu brûler... une balle de ping pong et ceux qui savent n'ont pas de quoi être fier d'avoir fait les mêmes bêtises que moi quand ils étaient jeunes...
Grâce à cette petite balle trouvée lors de ma première pause (suivez un peu) le feu prend rapidement et comme je suis sur une plage entièrement dégagée je n'hésite pas à l'alimenter.
Le feu, la nuit, les étoiles, au loin les lumières des Salles d'un côté,celles de Ste Croix de l'autre, l'ambiance est magique que demande le peuple?

A 22h30 après avoir laissé mourir mon feu avant de noyer les braises je vais me coucher.
Je constate rapidement que le duvet est un poil étroit aux pieds et pas des plus chaud mais habillé correctement à l'intérieur c'est acceptable; lors de mon prochain passage chez D........ j'achèterai un "sac à viande" et je gagnerai quelques degrés pour un confort au top.

Lorsque le téléphone sonne à 7h00 je me lève sans enthousiasme: il fait pas super chaud dehors et je resterais bien dedans. Je me lève toutefois en me disant que dans tous les cas à 8h30 je dois être parti. J'ai calculé que normalement je devrais avoir regagné Ste Croix et ma voiture vers midi.
Je me bats pour remettre mon duvet dans sa pochette minuscule, et pour replier ma tente mais à 8h30 je donne le premier coup de pagaie de la journée qui commence par une nouvelle traversée (de 1200 m environ) vers la rive du lac mais cette fois-ci la surface du lac est parfaitement plane, un vrai plaisir...

Cette 2° journée va être une vraie séance de torture psychologique puisqu'en permanence ou presque je verrai Ste Croix mon but final. Mais je saurai résister à la tentation de tirer tout droit alors que tout le monde sait que la meilleure façon de faire cesser une tentation est... d'y céder.


J'observe le déplacement d'eau que fait l'étrave, ses différences de forme suivant la vitesse; quand on n'a pas forcément l'impression d'avancer voilà un repère bien utile.
J'ai décidé de faire ma 1ère pause à Bauduen qui est à 5 km de mon lieu de bivouac.
Après avoir gardé en vue (et pas à vue) à droite le village de Ste Croix et le barrage, j'atteins Bauduen en à peine 1h15 et m'y accorde une pause.
Vu que la journée sera courte une pomme me suffit puis je repars.

Je visite tranquillement le cul de sac que ferme Bauduen puis me dirige vers le barrage qui bloque la sortie du lac et qui est mon dernier objectif avant de rejoindre Ste Croix et ma voiture.
Je longe lentement les rives, la fatigue musculaire commence à se faire sentir, j'ai mal au niveau lombaire et alors que je ne suis plus qu'à quelques encablures de la dernière pointe avant d'être en vue du barrage j'ai soudain la sensation d'aborder une côte et de ne plus avancer.
Une côte en VTT je l'admets aisément et je sais la gérer, je raccourcis le développement, je mouline un peu et ça passe mais en kayak je suis un peu désemparé.
Tout à coup c'est l'illumination: depuis ce matin j'ai mangé 2 tranches de pain de mie (avec de la pâte à tartiner et du miel) et une pomme. La côte que je dois franchir c'est un début d'hypoglycémie tout simplement. Ca aussi je sais gérer, je mets le clignotant à gauche, jette un oeil dans le rétro, aborde la plage qui s'offre à moi et me fait une pause imprévue après 1h05 de navigation et à peine 4.5 km parcourus depuis Bauduen.

Une fois requinqué je reprends mon embarcation, franchis la pointe et découvre à nouveau le barrage qui s'offre à moi moyennant une traversée d'un kilomètre; le vent s'est levé des vagues se sont formées mais comme je les aborde de face ça me paraît moins périlleux que ma traversée de la veille avant d'aborder l'île de Coste Belle. Arrivé au barrage (enfin aux bouées qui en interdisent l'accès) je n'ai plus qu'une obsession tirer tout droit sur Ste Croix.

Oui mais voilà pour ça c'est 2 km de traversée qu'il faut faire avec un vent qui sera de travers ou 3/4 arrière et ça va pas être drôle. Pourquoi faut il qu'à chaque fois que je me fais une traversée le vent semble s'amuser à corser la difficulté? J'ai fait quelque chose à Eole dans une vie antérieure ou quoi?
Quoiqu'il en soit je décide de serrer les dents et de passer tout droit, longer la côte me rallongerait trop. Je galère comme un fou, je lutte contre la dérive, je jure, échangerais volontiers mon royaume contre un gouvernail, observe le mouvement de mon étrave dans l'eau (pas facile avec les vagues) pour me persuader que j'avance, calcule évidemment continuellement pour savoir quelle est la rive la plus proche et finis par rejoindre la bonne un peu avant le village de Ste Croix. Me sentant presque arrivé je m'allonge le plus possible pour soulager mon dos puis reprends mon pagayage tranquillement pour rejoindre la mise à l'eau de départ que j'atteins vers 12h25 après avoir parcouru les 5 derniers kilomètres en une heure.

J'ai parcouru presque 15 km en 3h20 ce 2° jour ce qui me fait un total de 40 km (sans compter la dérive) sur les 2 jours pour un peu plus de 9h de navigation.
J'ai mal au dos, mes tendinites aux avant-bras sont là mais moins violentes que celle côté gauche lors de ma dernière sortie et si je ne suis pas fâché d'être arrivé je sens que l'eau salée m'appellera bientôt pour devenir enfin kmériste (et non pas camériste ce qui n'a rien à voir).

Pour ceux que les photos intéressent, c'est là: http://picasaweb.google.com/yvesg83/...x1erEt2Mai2008

Ah au fait, ma Super5 est de nouveau chaussée correctement avec des beaux pneus tous neufs.

En tout cas merci de m'avoir lu jusque là, vous pouvez désormais reprendre une vie normale.

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