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Odyssée en kayak de mer vers la sardaigne

Odyssée néréenne dans l’archipel de Maddalena

Suite à la sortie Corse du mois de novembre, deux compères (Korsette et Dan) décident d’agrandir leurs champs d’action hors de Corse. La décision est vite prise : c’est la Sardaigne, plus précisément, le parc national de l’archipel de Maddalena.

Le problème majeur à cette époque de l’année est le climat pas toujours stable, le départ de Corse avec la traversée aller-retour jusqu’en Sardaigne est redouté, après il sera toujours possible de se mettre à l’abri dans les îles.
Le choix de la date est imposé par les vacances scolaires, ils s’en remettent donc entièrement au Dieu Eole quant à la réussite de cette sortie. Pour l’itinéraire, ils n’ont pas de cartographie précise, seulement des sorties imprimante pas très précises. Bien sûr le matériel de sécurité est doublé ainsi que les réserves d’eau et de nourriture. Ils ne savent pas ce qu’ils vont rencontrer comme difficultés.
Donc une sortie de dix jours prévue avec neuf bivouacs. Le point de  départ prévu est le golfe de Piantarella, situé dans le Sud de la Corse, sur la côte Est.

Mardi 13 février 2008 :

A Porto-Vecchio la sortie du ferry est rapide. Korsette prend en charge son «continental » puis ils partent tous les deux vers le Sud à Piantarella. La mise à l’eau est un peu laborieuse à cause du chargement des kayaks (mais c’est habituel pour des rando en autonomie complète)
 Direction les îles Lavezzi, la mer est calme avec un petit vent légèrement de face. Petite halte de quelques minutes puis ils tentent la traversée. Pas un navire à l’horizon. Deux heures de navigation tranquille comme échauffement, avec une vue imprenable sur Isola Razzoli et Isola Budelli, les premières îles de l’archipel.
C’est déjà la fin de la journée, le soleil éclaire les roches d’une manière irréelle. Nos deux compères sont déjà sur une autre planète, un peu austère mais combien dépaysante par rapport a la Corse.
Il faut songer au bivouac car à cette saison le jour tombe très rapidement, la côte est inhospitalière. Heureusement Dan, fort de son expérience de la sortie en Norvège, a le coup d’œil sur une micro crique pleine de cailloux.  Il y a un très petit emplacement, juste pour une tente.
Le bivouac est monté à la hâte dans ce site grandiose, Korsette admirable en efficacité finit le travail. Prise d’un repas réparateur puis plongée sous la couette. Il fait frais (5°), les compères sont bien au chaud, quand soudain des bruit furtifs qui vont en s’amplifiant  attirent leur attention. De gros rats sont en train de prendre possession du bivouac. Des éclaireurs sont à la recherche de nourriture pour le reste de la tribu. Il faut réagir vite car si l’attaque prend de l’ampleur, nos deux campeurs devront quitter les lieux. Donc rangement total de la nourriture dans les soutes puis retour au chaud, trente minutes  plus tard tout est calme, les rats ont compris qu’ils n’ont plus rien à exploiter. L’angoissante situation passée, la nuit devient très bonne et réparatrice, on vous passe les détails.
A l’aube le spectacle est magnifique. Pas un souffle de vent, le soleil se lève rapidement puis une douce chaleur envahit la tente, ce n’est là que du bonheur à l’état pur, mais nos deux compères doivent déjà songer à lever le camp pour la poursuite du périple.

Ce mercredi ils quittent leur île avec regret mais l’aventure reprend vite le dessus. Ils flânent un moment entre Isola Razzoli et Isola Santa Maria, à la recherche d’un passage qui, finalement, est impossible à franchir dans ce dédale de rochers. Les eaux limpides sur fond de sable blanc leur fait  penser aux Caraïbes. Le vent monte mais reste raisonnable, et les poussent jusqu'à l’île Isola Barretini. Ils longent alors la plus grande île de l’archipel Isola Maddalena. Des pêcheurs locaux s’étonnent de voir des kayaks à cette époque de l’année dans des eaux, pour eux, si froides et si dangereuses. Après quatre heures de mer un bivouac s’impose, prés du village de vacance de Porto Massimo. Une jolie petite crique sablonneuse les accueille. Ces endroits, désertés à cette saison, offrent une grande tranquillité en mer et sur terre.

Ce deuxième bivouac est sans problème. Insouciants, le temps leur paraît passer très vite et ils reprennent la mer le lendemain. Elle est houleuse avec un vent  fort trois-quarts avant.
Ils auraient dû se retrouver à l’abri entre Maddalena et Isola Capri, mais après une erreur d’appréciation, ils se retrouvent au large, vers le nord de Capri, dans une houle qui forcit. D’ailleurs, pendant plus d’une heure, ils doivent lutter dans des courants violents sans pouvoir ni accoster ni avancer. Le vent de coté déstabilise fortement le Bélouga. Après plusieurs heures d’efforts ininterrompus, ils recherchent un endroit propice au repos. Ils sont éprouvés et doivent se mettre à l’abri dans une crique. Elle est superbe bien protégée.
Ce nouveau bivouac les réconforte et la soirée s’achève bien au chaud. Le vent, pendant ce temps, continue de balayer la côte en rafale. C’est là que la qualité d’un bon bivouac confortable redonne du baume au cœur pour se ressourcer le lendemain.
Ils font  la demande d’un bulletin météo à un kayakiste corse. Son message d’une grande qualité technique rassure notre duo (c’est un petit nouveau sur Nérée, connu sous le nom de Sortim. Il ne faut pas le dire mais il paraît que c’est le chouchou de Korsette, à découvrir!).
Le lendemain matin, un temps magnifique, pas de vent, une plage de sable blanc et le chant des oiseaux venant d’un petit marigot d’eau douce tout proche, laisse rêveurs nos deux kayakistes. Là encore ils prennent leurs temps, toilette soignée et petit déjeuner copieux donnent déjà une note favorable pour l’avenir de cette super journée (en comparaison de la veille).
-C’est alors qu’un bruit de 4x4 les ramène à la réalité. Ce sont les gardes nationaux du parc qui viennent les contrôler. D’un accueil plutôt froid, ils leur rappellent qu’ils n’ont rien à faire ici et qu’il est totalement interdit de bivouaquer dans un parc national, que la sanction est inévitable : forte amende et même confiscation du matériel. Situation bien embarrassante. Mais Korsette, loin de se laisser impressionner, commence son travail de séductrice dans un langage italo-corse auprès de l’un des gardes qui était visiblement déjà sous le charme, tandis que Dan est un peu en difficulté avec l’autre qui ne veut rien savoir. Il lui posa de nombreuses questions et fait une inspection détaillée des lieux puis se ravise. Finalement ils les laissent tranquille et leur dit de quitter les lieux au plus vite. Pas facile le bivouac en milieu civilisé malgré tout le respect que les kayakistes ont de la nature qui les entoure !
Cela va leur servir de leçon et ils se jurèrent qu’ils ne se feront pas avoir une autre fois. De ce jour ils chercheront des endroits indécelables ni de la  terre ni de la mer.


Pour leur quatrième bivouac, sortie petit bras, indécis pour le lieu de repos, rester dans le parc ou aller en Sardaigne. Finalement un petit renfoncement dans les rochers les reçoit, bien à l’abri des regards. Ils bivouaquent dans de bonnes conditions sur un lit de gravier fin. Après une nuit froide et éclairé par la lune, ils reprennent la mer bien décidés à quitter cette île trop habitée et trop exploitée pour le tourisme (drôle de façon de concevoir un parc naturel transformé sans vergogne en parc purement touristique avec une multitude de village de vacances. Mais nous sommes en Italie où paillettes et « flonflons » sont rois !).

Le sixième jour leur fait quitter la pointe Sud de l’île des Chèvres (sans chèvre) et cette fois ils prennent bien le passage entre les deux îles. Un vent violent malgré l’abri des rochers provoque un clapot désagréable. Après une heure et demi dans ces conditions, la recherche d’un abri pour se réchauffer et reprendre des forces s’impose. Ils en découvrent un dans un maquis épais. Ils y attendent une accalmie puis reprennent la pagaie pour arriver dans un dédale de rochers laminés par des érosions millénaires.
La recherche du bivouac est laborieuse et après maintes hésitations, ils choisissent le fond d’une crique aménagée en petit port naturel.

Ce cinquième bivouac, bien à l’abri du vent et des regards leur fait reprendre confiance leur tranquillité. Ils ont  un cuissot de sanglier à finir et de la charcuterie corse. La vie sans souci reprend son cours, toilette, bronzette, sieste et ballade dans le maquis, voilà leurs occupations. Tant et si bien qu’ils décident de rester deux nuits au même endroit. Le lendemain, après avoir exploré tous les environs, ils laissent la tente et tout le matériel pour aller faire une ballade en kayak à vide avec juste de quoi manger.
Après avoir trouvé une calanque assez profonde où viennent se déverser les eaux de pluie des gorges, ils débarquent, tels des naufragés, dans ce lieu vierge de toute vie humaine.
La présence d’eau douce leur permet de faire leur lessive et de refaire leurs réserves d’eau. Les oursins sont si nombreux qu’une « oursinade » est organisée et rapidement consommée avec association de beurre breton et d’une bouteille de vin d’Anjou  (Coteaux du Layon). Après ce repas, une sieste et une bronzette les fesses à l’air sont  la récompense de cette journée toute arrosée d’un super soleil.
Ils rentrent au bivouac, heureux et fourbus de bonheur.
Ce sixième bivouac leur a permis de prendre conscience de la beauté d’une nature si belle et pourtant si mal protégée.

Le lendemain : visite de la ville de Maddalena. Retour en force à la civilisation. Ils se frayent une voie entre les nombreux ferries qui font la navette entre l’île et la Sardaigne. Ils laissent les kayaks à quai puis se baladent dans la ville à la recherche de cartes postales et de spécialités sardes. Les magasins n’ouvrent l’après-midi qu’a 17h 30. Les Sardes sont très étonnés de voir ces touristes un peu spéciaux bras nus, en tong et short. Eux, les locaux, à cette époque, sont emmitouflés dans des polaires et très surpris aussi que l’on puisse venir de Corse avec de si frêles esquifs. Nos deux compères font la connaissance d’une française, Isabelle, habitante de cette ville. Elle  ne les lâchera plus jusqu'à leur départ.

Ils quittent la ville à la tombée du jour et sous l’éclairage puissant de la rade, prennent le large pour rechercher en urgence un bivouac. Moins d’un mile plus tard, sur l’île d’en face, auprès d’installations militaires abandonnées, une plage à peu près propre leur offre un emplacement. Il est temps car un froid vif se met à tomber rapidement. Là encore Korsette fait le forcing dans la façon d’établir ce nouveau bivouac, vraiment impressionnante d’efficacité et de rapidité.
Une soupe bien chaude en préparation est attendue avec impatience. C’est alors qu’une horde de rats déferle tout autour de la tente. Ceux-ci très téméraires n’hésitent pas à  braver l’éclairage de la lampe. Nos deux campeurs avalent leur soupe puis commencent à tout ranger dans les kayaks, faisant cesser une fois de plus la frénésie de ces rats pique-assiette. Ensuite, bien au chaud sous la couette ils s’endorment au son du ronronnement incessant des ferries qui croisent à quelques centaines de mètres de là. Ce matin là il fait 0° et dans la tente 5° malgré le dégagement généreux de chaleur de nos deux compères bien content de l’aubaine pour rester au chaud. Après de bonnes rigolades il est temps de déguerpir pour d’autres aventures…

Le septième jour, ils quittent ces grandes îles pour une île un peu particulière Isola Spargi, presque ronde mais ceinturée de hautes falaises rocheuses, plus au large, qui déjà les rapproche de la fin du périple. Un vent violent les pousse vers cette nouvelle destination, île inhabitée et certainement plus calme. Après trois heures de mer dans des eaux difficiles, ils font le tour de l’île pour trouver face à la Corse, un havre de paix pour la nuit. Etant arrivés de bonne heure, ils ont le temps de se faire une dernière oursinade arrosée d’un bon vin corse.
Beau et bon bivouac, déjà ils sentent la fin du périple. Le lendemain, après une nuit de pleine lune où ils auraient  pu voir quelqu'un à plus de cent mètres, avec un peu de nostalgie, ils quittent ce lieu pour revenir dans les îles qui les avaient accueillis neuf jours plus tôt.
Le vent se renforce et leur Monsieur Météo préféré leur donne une prévision plutôt pessimiste. La traversée de l’île de Spargi à l’île de Budelli est difficile. Une fois de plus le bélouga est en difficulté avec un vent latéral. Plusieurs fois Dan manque passer à l’eau. Un pêcheur local inquiet les suit un moment avant de passer à l’abri sur l’île d’en face. Là encore le choix d’un bon kayak en rando est primordial. Celui ( Prijon) de Korsette c’est montré irréprochable dans de mauvaises conditions, de plus la contenance des soutes est impressionnante.
Il doivent impérativement rester sur cette île, pourtant qu’à deux heures des Lavezzi, mais étant donné les conditions météo, un huitième bivouac, un peu à la « ramasse », est impératif.
 Pourquoi ne pas reprendre l’emplacement du premier bivouac si sympa ?  Ils se mettent donc à sa recherche, dans un clapot puissant. Après deux passages infructueux ils commencent à douter. Il est vrai que la situation météo et la luminosité sont différentes, la fatigue et le froid aussi influent sur le raisonnement. Korsette est en situation délicate, elle a froid. Dan n’est pas mieux. N’en pouvant plus de cette recherche, ils font le point à l’abri d’un gros rocher. Ces trois heures  de navigation dans de dures conditions les ont vidés. Ils mangent des fruits secs, boivent un peu d’eau puis reprennent leur recherche. Korsette dans un sursaut reprend le vent de face afin de retrouver le bivouac selon elle bien plus au sud. Elle est concentrée, la rage au ventre elle déploie toute la puissance de son pagayage pour en finir vite. D’après Dan le bivouac est tout proche, mais elle ne comprend pas ce qu’il lui explique (la puissance du vent couvre la voix) et elle continue sa navigation. Dan, après avoir fait du rase-cailloux sur quelques centaines de mètres, trouve l’emplacement du précédent bivouac. Quelle joie de réussir dans de telles conditions ! (ils ne savaient pas trop où aller sur ce type de côte très inhospitalière.
Korsette déploie pour ce bivouac une énergie insoupçonnée, vingt minutes plus tard, Dan et Korsette sont bien au chaud encore une fois sous la couette pour récupérer un peu de forces, en attendant une soupe revigorante. La pluie se met à tomber. Ils sont bien. Un peu de confort dans de telles situations a une valeur inestimable. L’après midi se passe calmement et dans la soirée le bulletin météo leur redonne un peut confiance pour le lendemain, vent fort 4 à 5 Nord-Est avec pluie le matin, puis 3 à 4 fléchissant dans l’après midi avec éclaircies. Des conditions acceptables pour rentrer.
Les rats ne sont pas venus comme la première fois, ils ont appris. C’est à cela qu’on se rend compte de leur intelligence et de leurs façons de comprendre les situations.
Dernier coup d’œil sur l’emplacement, ils finissent ce dixième jour avec un peu de nostalgie et quittent cet archipel, des souvenirs plein la tête.
Après deux heures de navigation dans une mer agitée, petite halte avec collation aux îles Lavezzi puis retour à Piantarella.
Désarmement des kayaks puis chargement sur le fourgon, la boucle est bouclée, avec une réussite totale due, en grande partie, au climat favorable et aux vents relativement modestes. Une chance car cette zone à cette époque de l’année est capricieuse et dangereuse.
Korsette et Dan restent quelques minutes dans le fourgon pour savoir quoi décider quant à la reprise de contact avec la civilisation.
Ils décident d’un commun accord de partir dans les montagnes à cent kilomètres de là à Ghisoni pour établir un nouveau bivouac ce soir-là loin de la côte.
Le lendemain, ils passent une journée magnifique dans les forêts de pins et profitent des plus hauts cols sur les deux versants Est et Ouest.
Le soir même le port de Solenzara les accueille sur cette tournée d’adieux, ces marins heureux songent désormais à remettre cela au plus tôt.
Korsette attend de pied ferme les Néréens sur son île, elle aimera faire partager les coins qu’elle affectionne particulièrement. Faites-lui confiance, elle est, à elle seule, toute les filles de Nérée !

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