Un Bugiste chez les Bretons

ort blanc 2007

En début d’année, Stan nous avait présenté sur le site de Nérée un stage de perfectionnement en kayak de mer qui aurait lieu à Port Blanc à la Toussaint sous la houlette de Jean-Marc Terrade. Tout de suite, je fus emballé à l’idée de naviguer à nouveau le long de cette magnifique côte de Granite Rose que j’avais découverte lors de la semaine à Penvenan, l’an passé. Nous décidons d’un covoiturage pour simplifier ce fastidieux trajet (plus de 2500kms aller retour). Mais Stan, ainsi que Jean qui devait l’accompagner, sont souffrants. Je me replie donc sur le train.

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port blanc 2007

Me voilà donc dimanche matin à Guingamp avec un équipement réduit au minimum. Patrick me récupère à l’hôtel avec son indispensable camion. Nous avons rendez-vous chez Jean-Marc pour y déguster quelques produits locaux comme des algues ou une recette de Patrick à base de couteaux, délicieux ! L’après-midi, nous rallions le Centre Nautique de Port Blanc afin de faire connaissance avec les autres participants au stage. Il y a Alain, de l’Ile Grande ; Gilles, de la banlieue parisienne ; Richard, d’Olivet  et puis donc Patrick de Rennes et moi, de mon lointain Bugey !

Après notre installation au centre d’hébergement, Jean-Marc nous présente le programme de la semaine, relativement soutenu. Personnellement cela correspond tout à fait à mes attentes, ne naviguant que trop rarement dans les conditions rencontrées ici (marrée, vent, houle, courants, le tout dans un relief tourmenté).

 

Lundi

Beau temps coefficient 97 vent 5b pm8h.

Pour se mettre dans le bain, nous commençons par une séance de surf matinale sur la plage de Trestel avec des petits bateaux. Le vent, assez fort, nous oblige à cramponner bateaux et pagaies pour embarquer. Le départ est laborieux, nous ressemblons à des crabes qui tentent de prendre le large et qui restent ventousés sur le sable. Les premières vagues, bien prises de face, se passent sans trop de problèmes. Mais les dernières, juste au déferlement, deviennent plus dures à franchir. On a même le droit à quelques départs en surf arrière, très impressionnant à vivre, pour avoir essayé. Ayant mal anticipé mon départ, une déferlante me tape dans le dos et me voilà catapulté sur la plage mais toujours dans le bateau. Au bout d’une bonne heure, tout le monde est exténué.

Après le pause repas, nous travaillons les vagues arrière dans la passe en face de Port Blanc avec des kayaks de mer, cette fois-ci, des Artikas. Je découvre les avantages des bouchains vifs. Retour au centre pour un dessalage complet, du matos et du bonhomme ! Puis on repasse en salle pour un débriefing de la journée et une préparation du lendemain. On commence aussi à réfléchir à la rando de fin de semaine.

Mardi

Beau temps coef 83 vent 3b pm 8h40

Aujourd’hui, nous avons prévu d’aller autour de Bréhat. Nous embarquons à la pointe de l’Arcouest. Dans la précipitation du départ, j’ai oublié ma jupe au centre, heureusement, il y a le camion de Jean-Marc avec plein de choses pour les étourdis comme moi! Après une courte traversée ponctuée par des veines de courants, nous traversons la Chambre et nous dirigeons vers le Nord Est de l’île. Au milieu d’une multitude de petits rochers, les courants se font plus ardents, les petites notions de gîtes acquises en rivière me sont ici très utiles (tu devrais essayer Richard !). Mais ici, les courants sont plus durs à cerner. Même dans un contre, on n’est pas à l’abri d’une pointe avant, coincée dans les rochers ! Gilles et Richard se replient sur Morbic pour la pause de midi. Jean-Marc emmène le reste de l’équipe un peu plus loin vers des trains de vagues de plus en plus gros, en alignant des bacs sans fin. Tout se passe bien mais personne n’est vraiment à l’aise dans ces conditions qui me paraissent monstrueuses, moi le néophyte! Je prends conscience que mon Bélouga n’est pas adapté à ce genre de navigation et qui me faudra trouver un autre joujou. Sur ce point, l’artika me plaît beaucoup, même si je commence seulement à entrevoir ses capacités. Retour à Morbic pour une collation bien méritée. Nous repartons en contournant Bréhat par le Nord avec un passage sous le phare du Paon qui m’avait impressionné, il y a un an, mais après ce que j’ai vécu ce matin, l’endroit me paraît presque calme. Patrick me fait découvrir la cueillette des algues sur les rochers, assez acrobatique, dans la houle. Elles sont surprenantes de par leur goût poivré. Gilles, en bon voileux, tire tout droit, les autres cherchent les contres et moi j’essaie de tenir mon alignement. De retour au centre, la fatigue se fait sentir. Il faut dire que le rythme du stage est soutenu, mais qui s’en plaindrait! Après le traditionnel débriefing, nous évoquons le lendemain, basé sur les récups. Nous travaillons aussi la rando de fin de semaine. Tout le monde était tenté par une virée à Molène. Mais après l’étude des heures des marées et de la météo, il s’avère que se sera très difficile. La grande expérience de navigateur aux longs cours de Gilles, nous est ici d’un grand secours. D’autres destinations sont envisagées comme les Sept îles, l’île d’Eyre…..finalement, on tranche pour la Baie de Morlaix et le tour de l’île de Batz.

 

Mercredi

Beau temps coef 67 vent faible pm 9h32

Mis en confiance par la journée d'hier, je décide d'essayer un Ultima .Dès le départ, je ne me sens pas à l'aise et je trouve qu'il a une stabilité primaire, bien secondaire à mon goût. Occupé à chercher un peu de sérénité, je suis surpris par une grosse vague qui déferle juste avant de me cueillir par le travers. Je me couche sur la vague, un peu trop peut-être car je tombe derrière. Je venais juste de dire à Patrick que je ne le sentais pas du tout ce bateau! Ça le fait marrer, lui qui navigue en bateau trad.'! Mais moi qui sors à peine de mon Bélouga, pas du tout! Et une récup' matinale, une!!!! Comme Richard, la veille, j'ai perdu un cale-pied dans l'affaire. On s'arrête sur une plage pour réparer. Finalement, Jean-Marc transfert les pains de mousse du caisson avant dans le cockpit juste sous les pieds. Petite pause casse croûte sur l'île Levrette sous un soleil bienvenu. Nous travaillons le remorquage à deux dans les passes. Il apparaît qu’il vaut mieux tracter en ligne pour ne pas se gêner. Je pense que la manœuvre demande beaucoup d’entraînement et peut s’avérer délicates par gros temps.

Le retour est agrémenté de nombreuses récup' .il faut reconnaître que notre coach n'hésite pas à mouiller la combine en se mettant à l'eau régulièrement mais dans des endroits peu accueillants. On découvre que, si l'aspect technique est très important, l'aspect psychologique et comportemental joue un grand rôle dans la réussite de la manoeuvre.

De retour au centre, nous parlons de la journée passée, listons les besoins pour la rando et commençons à rassembler le matériel dans le hall d’entrée. La nourriture est déjà prête avec l’incontournable charcuterie mais sans les œufs durs (carbonisée au fond de la gamelle après plusieurs heures de cuisson !!). Il ne reste que l’odeur qui persistera pendant plusieurs jours dans tout le bâtiment.

Jeudi

Temps couvert vent 1à2b coef 51 pm10h25

Tout le monde est prêt de bonne heure et après un rapide petit déjeuner, nous chargeons les vivres et le matériel dans les voitures direction la Pointe de Primel. En route, Jean-Marc nous parle de la géopolitique locale et de toutes les tensions qu’il règne entre les diverses parties prenantes. Dès l’arrivée, nous déchargeons les bateaux et tout le matériel de chaque côté de la cale, on plaisante avec les pêcheurs qui ont repéré qu’il n’y avait pas que de l’eau minérale dans nos bouteilles et qui viendraient bien avec nous mais les hiloires leurs semblent un peu petits. Il y en a quand même un qui râle car on bouche le passage alors qu’un camion pourrait passer. On lui fait remarquer que nos bateaux sont immatriculés comme les autres.

Après avoir chargé les bateaux, on grignote un petit bout rapidement et on embarque, en retard sur l’horaire. Le rythme est tranquille et certains commencent à jouer dans les cailloux. Jean-Marc qui a laissé faire, comme souvent, remet les pendules à l’heure en faisant remarquer que la route est encore longue. On entame la longue traversée de la Baie de Morlaix. Il paraît que certains ne prennent leurs pieds que dans ces moments-là, si ce n’est qu’on trouve le temps de méditer, je trouve cela fastidieux. D’autant que n’ayant pas navigué souvent cette année, je peine à suivre le rythme, sans compter que la fatigue de ce début de stage commence à se faire sentir. Une pause rapide au milieu de la Baie au niveau d’un petit îlot. Et nous voilà repartis vers Roscoff. Il s’avère que les trois compas que nous possédons ne sont pas tous d’accords sur le cap à tenir. Interférence due au chargement ou imprécision due à la construction, il y a quand même quinze degrés d’erreur ! Vu le retard pris sur la marée descendante, le passage sous le pont de l’embarcadère pour Batz n’est plus possible. Nous prenons donc la passe au sud de l’île. L’eau est translucide et les fonds y sont superbes mais je n’y vois pas beaucoup de poissons. Nous obliquons vers le sud-ouest en longeant la côte en direction de l’île de Siec. La fatigue gagne tout le monde et nous atteignons l’île à la tombée de la nuit. Le petit port est accueillant mais un peu envasé. Nous portons les kayaks en haut de la plage. Les propriétaires de l’île sont là, mais Jean-Marc, les connaissant, obtient leur permission de camper sur leur pelouse bien grasse, abritée par une haie de Tamaris. Nous montons les tentes de nuit et prenons notre repas dans une petite niche très accueillante au cœur de la haie. Puis tout le monde regagne sa tente pour un repos bien mérité. Je partage celle Patrick mais nous peinons à trouver le sommeil, ne parvenant pas à synchroniser nos solos de ronflette. Sur le matin, je m’expatrie sur la plage pour que chacun trouve enfin le sommeil. Le reste de la nuit se passe sans encombre.

Vendredi

Temps couvert vent 1à2b coef42 pm11h40

Réveillé par un pêcheur matinal, après ces quelques rares heures de sommeil (encore désolé Patrick), je pars à la découverte du sud de l’île. Il y a plusieurs ruines qui témoignent de la forte activité du lieu par le passé. Seule, l’habitation des propriétaires est restée en état. Pendant que nous prenons notre petit-déjeuner, la fille de nos hôtes nous apporte une cafetière toute fumante d’un excellent café. Mais oui ! Jean-Marc, le tien est tout aussi bon. Mais avec le sourire et le charme en plus, tu ne pouvais pas lutter. Encore merci aux propriétaires de l’île pour leur accueil.

Vu la marée, le passage par le sud de l’île doit être possible, on tente ! Effectivement, ça passe mais il faut attendre les vagues pour se décoller du sable. Avec le haut fond, il faut passer une petite vague qui, non contente de m’avoir cueilli en pleine figure, m’arrache l’appareil photo posé sous l’élastique du pont. Dommage, je n’aurais plus de souvenirs de ce début de stage. Nous remontons au nord en direction de Batz. Au loin se dessinent des grandes barres d’écumes, se sont les rochers du Raz Heyr doun. Par de petites conditions comme aujourd’hui, c’est déjà impressionnant, je n’ose imaginer l’endroit pendant les grandes marées et par 6 ou 7 Beaufort. Mais Jean-Marc connaît bien les passes au milieu de ces déferlantes impressionnantes. Nous nous rapprochons de la pointe ouest de Batz et là aussi, la mer est couverte d’écume. On tient notre cap vers cette zone qui commence à angoisser tout le monde. Pourtant je sais qu’il doit y avoir une passe si notre guide nous emmène là-bas, mais quand même. En se rapprochant, je distingue une petite embarcation de pêcheurs non loin de la côte, elle a l’air relativement au calme vu les conditions environnantes. Voilà donc la fameuse passe ! Les déferlantes sont proches mais même si l’ont est un peu chahutés, nous passons sans problème .Juste quitte pour une bonne montée d’adrénaline. Un peu plus loin, une dernière vague à affronter de face nous douche copieusement. Nous voilà au nord de l’île. En longeant la côte parsemée de petits cailloux, nous pouvons contempler d’impressionnantes vagues à surf. Il paraît que certains y ont fait des saltos arrière, ce n’est encore pas pour moi ces endroits-là ! Petite pause dans une petite crique à l’est de l’île. Ayant été optimiste sur la moyenne horaire de cette rando, nous sommes en retard sur le timing. Nous profitons des courants dans la baie pour faciliter notre progression. Nous longeons la cale des ferries dans un joli clapot puis nous visons une balise plus au sud. J’ai beau avoir la carte sous les yeux, reconnaître tous les amers et se repérer n’est pas chose facile. Il me faudra travailler la lecture de cartes à l’avenir, c’est fou le nombre de chose que l’on peut lire la dessus pour en déduire la meilleure option de navigation. Nous longeons l’île Callot, lieu initialement prévu pour le bivouac de ce soir. Mais en pensant écourter la navigation de demain, nous poussons un peu plus loin, vers Sterec, tout en admirant le château du Taureau et l’île Louët et son charmant petit phare. Il n’y a personne sur Sterec, nous nous installons à l’abri d’une maison en bois sans murs. On a fait mieux du point de vue architectural surtout dans un coin comme celui-là ! Le dîner se passe autour de diverses conversations sur l’environnement, le développement économique et les relations entre les décideurs et les professionnels de l’environnement pas toujours faciles et quelques anecdotes de navigations passées. Après l’expérience de la dernière nuit, je décide dormir à la belle étoile, Patrick, approuve et monte sa tente de l’autre côté de la maison, on va pouvoir ronfler tranquille ! Je m’endors en contemplant une magnifique voûte étoilée.

Samedi

Temps couvert vent 1à2b coef40 pm13h10

Réveil matinal, aujourd’hui il ne faut pas traîner .le m’autorise une petite promenade sur la plage alors qu’il fait encore nuit, pendant que tout le monde se réveil. Pendant le petit déjeuner, nous faisons l’état de la table, suite à la visite nocturne de la faune locale, surtout de petits rongeurs .même une chouette a du se régaler apparemment de ces petites souris nourries aux spaghettis et aux délicieuses terrines préparées par Richard. On embarque de bonne heure et le rythme est soutenu dès le départ. Les quelques miles qui nous séparent de la Pointe de Primel sont vite couverts. La visite du gouffre est un temps envisagé, mais encore une fois le timing nous impose d’être raisonnable, si l’on veut être de retour au centre d’hébergement à midi. A l’arrivée certains testent l’Explorer de Jean-Marc dans le port. On recharge rapidement le matériel, une bonne heure de route nous attend. Dès notre arrivée, nous commençons à décharger nos affaires. Après le repas nous finissons le rangement au centre nautique. Nous analysons le déroulement de cette rando et soulignons les points importants à ne pas négliger lors de nos prochaines excursions. Jean-Marc nous expose les différentes formes de carènes ainsi que leurs avantages ou leurs inconvénients, très intéressant pour ceux qui, comme moi, veulent changer de bateau.

Ce stage se termine un peu dans l’urgence, les impératifs du quotidien reprenant leur droit. Nous prenons quand même le temps pour un dernier verre dans un petit bar des environs. L’endroit très pittoresque et très coloré laisse imaginer des veillées chaleureuses et animées. Mais il faut se quitter, certains on encore pas mal de route à faire. Alain se propose de me déposer à la gare de Lannion, nous y arriverons trois minutes avant le départ du train ! Bravo chauffeur et merci. Je peux enfin souffler après cette journée vécue sur les chapeaux de roues. Ce brusque retour à la vie normale, me donne l’impression de redescendre d’une autre planète, des souvenirs plein la tête. Ma soirée se passe à Guingamp à faire les quelles que emplettes que je n’ai pas pu faire durant la semaine. Le lendemain, la journée se passera dans les trains tout en revivant tous les bons moments de cette super semaine.

 

 

Je voudrai d’abord remercier Stan pour avoir mis sur pied ce stage, tout en regrettant qu’il n’est pas pu y participer et lui souhaite un bon rétablissement. Merci aussi à toute la famille Terrade pour leur accueil, Merci encore, aux participants du stage, qui m’ont véhiculé toute la semaine, moi le piéton, j’ai vraiment été ravi de passer cette semaine en votre compagnie et j’espère vous revoir sur l’eau.

Je voudrai aussi saluer Jean-Marc pour sa pédagogie, adaptée au niveau de chacun, sa faculté à mettre les gens en confiance, et à partager ses connaissances de cet environnement superbe.

Je conseille aux Néréens du Sud de découvrir cette Bretagne superbe et accueillante. Les Bretons sont quand même un peu bizarres, ils démontent la mer deux fois par jour !

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